Accessibilité des musées d'Angers
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MNR
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Qu'est-ce qu'un MNR ?

Les Musées d’Angers, à l’instar de nombreux autres musées de France, abritent dans leurs collections un type d’œuvre qu’il est coutumier de désigner par les trois premières lettres de son numéro d’inventaire : MNR, pour « Musées Nationaux Récupération ». Derrière ce sigle se cache le passé mouvementé d’œuvres d’art singulières.

Les spoliations nazies

Fichiers d'oeuvres spoliées de l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) au château de Neuschwanstein / US National Archives / RG 111-SC-262104

Durant la Seconde Guerre mondiale, la conquête nazie s’accompagne, dans les territoires annexés et occupés, de gigantesques spoliations d’œuvres d’art. L’ambition des dignitaires du IIIe Reich, théorisée par Otto Kümmel, est de rassembler sur le sol allemand l’ensemble des œuvres d’art et des objets culturels témoignant de ce qui est considéré comme le génie germanique depuis le XVe siècle. A ce titre, les forces nazies s’emploient, en France, dès la fin de juin 1940, à lister, rassembler et expédier vers l’Allemagne des dizaines de milliers d’œuvres dont beaucoup satisfont également le goût des dirigeants nazis. Adolf Hitler, qui crée dans sa ville natale de Linz un musée qu’il souhaite plus grand et plus prestigieux que le Louvre, et Hermann Goering, dont la collection personnelle approche en qualité celle du Führer, organisent, autant pour le Reich qu’à leur profit, une campagne de spoliations méticuleuse durant toute la durée du conflit.

    En France, le musée du Jeu de Paume, dépouillé de ses collections et privé de ses personnels, devient dès après la Débâcle la plaque tournante de l’entreprise nazie. L’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg), service dont Goering s’arroge la direction dès le début des opérations, œuvre inlassablement à la saisie des œuvres que convoite l’Occupant. Les collections juives, des plus prestigieuses – collections Rothschild, David-Weill, P. Rosenberg, etc. – aux plus intimes, sont les premières et les plus durement touchées. A Paris, chez leurs propriétaires, mais aussi en province et dans les dépôts des Musées nationaux, où certains avaient espéré les mettre en sécurité, elles sont systématiquement accaparées. Au même titre que les collections des Musées nationaux et que les fonds des marchands d’art, visés par des saisies, des échanges et des achats réalisés sous la contrainte, ces œuvres font l’objet de nombreux convois ferroviaires. Si certaines aboutissent sur les cimaises du musée de Linz ou chez de hauts responsables du Reich, beaucoup sont stockées dans des châteaux et des mines.

Rose Valland et la Commission de récupération artistique

Soldats américains découvrant un tableau de Manet dans les mines de sel allemandes de Merkers / US National Archives, RG 111-SC-203453-5

    A la Libération, près de 60 000 œuvres ont ainsi quitté le territoire français, non sans avoir fait l’objet d’un travail de surveillance souterrain et audacieux de la part d’une femme aujourd’hui célébrée pour la courage et la lucidité qu’elle a opposés, quatre ans durant, à la puissance nazie. Rose Valland, attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, est en effet la seule Française à s’être maintenue en ces lieux alors qu’y opéraient les équipes de l’ERR et d’autres organismes poursuivant des buts similaires (Dienststelle Westen, dans le cadre de la Möbel Aktion, et Devisenschutz-Kommando). Jour après jour, tout en œuvrant aux côtés des spoliateurs, Rose Valland s’emploie à analyser la provenance, le contenu et le lieu de stockage futur des ensembles d’œuvres qu’elle voit transiter au cœur de Paris. Ce savoir, patiemment accumulé, lui permet de faire connaître aux Alliés, à l’approche de la chute nazie, les importants dépôts de repli où est conservé le produit des pillages. Grâce à elle, les armées alliées préservent des combats ces entrepôts stratégiques, et en sécurisent le contenu.

    Les caisses d’œuvres d’art sont ensuite rassemblées dans des dépôts provisoires, les « collecting points » : Dusseldorf en zone britannique, Baden-Baden en zone française, et surtout Munich et Wiesbaden en zone américaine. Historiens, historiens de l’art et experts y réorientent les œuvres vers leurs pays et collections d’origine, non sans que certaines, au fil des transferts, aient perdu le lien avec leurs propriétaires légitimes.

    Dès 1945, la France fait des restitutions d’œuvres d’art une priorité, au titre des réparations dues par l’Allemagne, et eu égard aux violations que les saisies nazies ont représentées pour les spoliés. Le gouvernement provisoire confie la responsabilité des restitutions d’œuvres d’art à l’Office des biens et intérêts privés (OBIP), tout particulièrement à la Commission de récupération artistique (CRA, active de 1945 à 1949), qui se charge des recherches relatives à la récupération et à la restitution de ces biens. Parmi les 61233 objets retrouvés, 45441 sont restitués avant 1950, et 12463 vendus par l’administration des Domaines entre 1950 et 1953, tandis qu’une sélection de 2143 objets ou lots est confiée à la garde des Musées nationaux, soit que leur qualité soit exceptionnelle, soit qu’ils permettent d’enrichir les collections des musées en régions. Quelques faux et pastiches sont également retenus, afin d’éviter qu’ils ne soient remis en circulation sur le marché. Ces 2143 œuvres et ensembles, inscrits sur des inventaires spéciaux, sont désormais désignés par le sigle MNR.

Les MNR, de 1945 à nos jours

    Afin que les restitutions puissent continuer, un décret prévoit en 1949 que les 2143 MNR soient exposés et inscrits sur des inventaires mis à disposition des personnes spoliées. De 1950 à 1954, ils sont présentés au public au musée national du Château de Compiègne, avant d’être déposés dans les musées du territoire français. Ils y attendent toujours de retrouver leurs propriétaires, ou les ayants droit de ceux-ci.

En savoir plus sur les MNR des musées d'Angers

L'origine des MNR aux musées d'Angers est liée à ce qu'on nomme communément "l'échange Campana".

La collection Campana, du nom d’un aristocrate italien Giampietro Campana (1808-1880), était réputée au XIXe siècle comme la plus importante en objets d'art antique et en oeuvres de haute époque. Elle fut vendue et dispersée dans différents pays d'Europe en 1857. La France en acquit une grande partie en 1861 sur l'intervention personnelle de Napoléon III. Elle fut ensuite partagée entre le musée du Louvre et de nombreux musée de province, dont le musée des Beaux-Arts d’Angers qui reçut huit tableaux de Primitifs italiens en 1863 et 1872. En 1961, ces huit tableaux furent rendus à l’Etat dans le but de regrouper tous les Primitifs de la collection Campana au musée du Petit Palais en Avignon. C’est ainsi qu’en 1970, le musée des Beaux-Arts d’Angers reçut en échange six panneaux de l’Ecole italienne des XVe et XVIe siècles, ainsi qu’une esquisse de l’Ecole française du XVIIIe siècle provenant du fonds de récupération de l’office des biens privés en Allemagne après la guerre (MNR).

Vous pensez qu'une de ces oeuvres a appartenu à votre famille ?

Contactez Ariane James-Sarazin, directeur des musées d’Angers :

> par lettre : 14 rue du Musée – 49100 Angers
> par téléphone : 02 41 05 38 08
> par courrier électronique : musees(at)ville.angers.fr

 

Pour en savoir plus

Livres

> Rose Valland, Le Front de l’art, Paris, RMN, 1997
> Corinne Bouchoux, Rose Valland. Résistance au musée, La Crèche, Geste éd., 2006
> Robert M. Edsel, Monuments men : Rose Valland et le commando d’experts à la recherche du plus grand trésor nazi, Paris, J.-C. Lattès, 2010
> Bande dessinée : Catel, Emmanuelle Polack, Claire Bouilhac, Rose Valland, capitaine Beaux-Arts, Paris, Dupuis, 2006
> Enfants : Emmanuelle Polack, Emmanuel Cerisier, Rose Valland, l’espionne du musée du Jeu de Paume, Saint-Herblain, Gulf Stream éd., 2009

Films

> Le Train, de John Frankenheimer, 1964
> The Monuments Men, de George Clooney, 2014

L'origine des MNR aux musées d'Angers est liée à ce qu'on nomme communément "l'échange Campana".

La collection Campana, du nom d’un aristocrate italien Giampietro Campana (1808-1880), était réputée au XIXe siècle comme la plus importante en objets d'art antique et en oeuvres de haute époque. Elle fut vendue et dispersée dans différents pays d'Europe en 1857. La France en acquit une grande partie en 1861 sur l'intervention personnelle de Napoléon III. Elle fut ensuite partagée entre le musée du Louvre et de nombreux musée de province, dont le musée des Beaux-Arts d’Angers qui reçut huit tableaux de Primitifs italiens en 1863 et 1872. En 1961, ces huit tableaux furent rendus à l’Etat dans le but de regrouper tous les Primitifs de la collection Campana au musée du Petit Palais en Avignon. C’est ainsi qu’en 1970, le musée des Beaux-Arts d’Angers reçut en échange six panneaux de l’Ecole italienne des XVe et XVIe siècles, ainsi qu’une esquisse de l’Ecole française du XVIIIe siècle provenant du fonds de récupération de l’office des biens privés en Allemagne après la guerre (MNR).

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